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Massage érotique

Des services illicites remboursés par les assureurs

10/10/2013 07h25 

Le nombre de salons de massages érotiques offrant des reçus d’assurances augmenterait à Montréal.
Archives Agence QMI

«Bon massage chinois, reçus»; « Massage thérapeutique (…) par fille asiatique. Reçu. 7/7 ». Le nombre de salons de massages érotiques offrant des reçus d'assurance augmenterait à Montréal, selon Diane Matte, fondatrice de la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle (CLES).

«C'est dur d'avoir des données précises, mais on peut supposer qu'il y a plus de reçus (frauduleux) émis, puisqu'il y a de plus en plus de ces salons», analyse Mme Matte. Le nombre de salons de massage érotiques serait passé de 200 en 2011 à 260 en 2013 à Montréal, selon l'organisation.

«La majeure partie des salons de massages érotiques remettent des reçus de massages thérapeutiques pour les assurances, mais ce sont des bordels», avance-t-elle. Selon cette dernière, des actes de prostitution variés et complets se déroulent derrière les rideaux de ces salons, qui emploient des jeunes femmes, parfois mineures, issues de communautés ethniques.

Lucratif

Le stratagème est simple, explique Sylvie Bédard, présidente de la Fédération québécoise des massothérapeutes (FQM), deuxième association de massothérapeutes en importance. «Le propriétaire du salon est membre d'une association de massothérapeutes en bonne et due forme, et il remet des reçus de massothérapie alors que les clients ont plutôt bénéficié de services sexuels. C'est extrêmement lucratif. »

L'une des solutions passerait par la constitution d'un ordre professionnel encadrant la massothérapie, selon la FQM, la CLES et les compagnies d'assurances.

«Il y a actuellement 30 associations de massothérapeutes au Québec. C'est le « free for all »», dénonce la présidente de la FMQ, Sylvie Bédard. «N'importe quel massothérapeute qui est radié d'une association s'en va dans une autre et recommence! S'il y avait un ordre professionnel, il risquerait une radiation à vie», explique-t-elle.

Pas d'ordre professionnel

«C'est aux compagnies d'assurances de s'assurer qu'elles remboursent le bon service», rétorque Lucie Boissonneault, de l'Office des professions du Québec. Le gouvernement ne peut créer un ordre pour contrer la fraude, précise-t-elle. «Il doit le faire seulement s'il est prouvé que le citoyen subit un préjudice sévère si le service reçu n'est pas rendu dans les règles de l'art et de la science.»

«La question des reçus, c'est préoccupant, mais un ordre professionnel n'enrayera pas le problème», croit pour sa part Martin Vallée, président de l'Association professionnelle des massothérapeutes spécialisés du Québec, qui représente 6000 membres. Selon lui, un ordre professionnel ne pourra agir que s'il reçoit des plaintes. M. Vallée croit que l'autorégulation est préférable, même si cela a permis la radiation d'un seul cas lié à des services de prostitution au cours des deux ou trois dernières années.

Les assureurs serrent la vis

Estimant les fausses réclamations trop coûteuses, des compagnies d'assurance commencent à resserrer les règles concernant les remboursements de massages.

Certaines ne remboursent carrément plus les réclamations de massages thérapeutiques, s'ils sont associés à des endroits ouverts jour et nuit et offrant des «services de détente complémentaires», indique Sylvain Bouffard, de la Financière Sun Life, qui a refusé des centaines de remboursements équivalant à 100 000 $ en 2012.

L'Industrielle Alliance a aussi adopté une politique semblable en août dernier.

Il est toutefois possible qu'un massage thérapeutique ait été offert dans ces établissements, avant la prestation de services sexuels, souligne Claude Di Stasio, de l'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes.

Les assureurs ont l'obligation de rembourser les soins prévus aux contrats, précise Daniel Tourangeau de l'Association canadienne de prévention des fraudes dans les soins de santé. «C'est très dur de savoir ce qui se passe derrière les rideaux fermés de ces salons», explique-t-il.

Les assureurs peuvent seulement vérifier si le massothérapeute est membre d'une association et questionner l'assuré lorsque l'établissement offre aussi des services sexuels, précise Mme Di Stasio.

 
 

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