24 HEURES - Le mercredi 19 décembre 2018

Traitement mortel de sudation

Trois personnes sont arrêtées par la SQ

26/07/2012 09h54 - Mise à jour 26/07/2012 18h15

Photo: Agence QMI / Archives
DRUMMONDVILLE – Gabrielle Fréchette, 53 ans de Victoriaville, Ginette Duclos, 61 ans de Saint-Germain-de-Grantham, et Gérald Fontaine, 39 ans de Danville, ont dû répondre jeudi à des accusations de négligence criminelle causant la mort de Chantal Lavigne et d'avoir causé des lésions corporelles à une autre dame lors d'une activité de sudation.

L'affaire remonte au 29 juillet 2011 au centre de thérapie La ferme Reine de la paix de Durham-Sud, une localité située à 35 kilomètres au sud de Drummondville.

Chantal Lavigne, 35 ans de Saint-Albert, une adepte des médecines douces, terminait un séjour de deux semaines appelé «Mourir en conscience» à ce centre. La dernière activité consistait à s'enduire de boue et s'envelopper avec une pellicule plastique. Le participant s'enfermait également dans une boîte de carton dans le but de transpirer.

Mme Lavigne aurait passé cinq heures enfermée de cette façon et elle a été retrouvée sans vie. Deux autres participantes ont dû être conduites à l'hôpital et l'une d'elles a eu des lésions.

Les trois accusés organisaient l'activité, mais c'est Mme Fréchette qui était la responsable du centre. En janvier dernier, Mme Fréchette a déclaré au 98,5 FM qu'elle a suivi une formation de huit mois sur la sudation en 2007 avec un shaman-druide en Bretagne. «Certaines personnes peuvent demeurer dans une “hutte de sudation” jusqu'à 18 heures», a-t-elle dit à l'animateur Paul Arcand.

Leur avocat, Me Denis Lavigne, a mentionné que Gabrielle Fréchette offre des formations de développement personnel depuis plus de 20 ans. Cependant, c'était la première fois qu'elle organisait une activité de sudation, mais elle y avait déjà participé.

«Ce qu'on reproche à mes clients c'est d'avoir tenu une activité objectivement dangereuse sans prendre les précautions nécessaires, mais ils ont fait le tout dans les règles de l'art. À tout moment, si une personne ne se sentait pas bien ou à l'aise, elle pouvait se retirer», a déclaré l'avocat.

Il ajoute que la preuve de la poursuite va être très difficile à faire. «C'est de prouver que toutes les précautions n'ont pas été prises». La procureure de la poursuite, Me Magalie Bernier, ne s'est pas opposée à leur remise en liberté.

Les accusés ont comme conditions de ne pas organiser de séance d'enveloppement et d'enfermement, mais ils ont le droit de tenir des séminaires de développement personnel. D'ailleurs, le centre Reine de la paix est toujours en activité.

«Je suis content de voir que les procédures continuent et que justice sera faite, a déclaré Patrick Nault, l'époux de la principale victime, Chantal Lavigne, au palais de justice. Merci à tous ceux qui m'épaulent dans toute cette affaire. Et, en terminant, je voudrais dire aux gens de faire bien attention avant d'embarquer dans une expérience comme celle-là. Aux États-Unis aussi, il y a eu des morts. Il faut savoir que c'est dangereux.»


Des séances de sudations toujours pratiquées sur la ferme?

DURHAM SUD – Les arrestations de jeudi matin en lien avec le décès de Chantal Lavigne ont fait remonter à la surface les tragiques évènements du 29 juillet 2011, alors que cette femme de 35 ans avait trouvé la mort dans une expérience de sudation extrême.

À Durham Sud, cette histoire a bouleversé le village. Encore aujourd'hui, les mauvais souvenirs sont tout aussi présents. « J'ai déjà entendu crier. Toutes sortes de cris inimaginables pour faire peur, vraiment fort! » a affirmé un garagiste, qui tient son commerce tout près de l'ancienne ferme Reine de la paix sur le 10e rang.

Même après cet épisode, certains voisins croient que les séances n'ont toujours pas cessé.

«Il y avait toujours des voitures toutes les semaines, ça marchait beaucoup encore», a expliqué une voisine. Elle a d'ailleurs entendu des cris dernièrement. «Ce n'était pas des cris normaux, ça semblait être les mêmes séances que l'année dernière», a-t-elle précisé.

Les voisins ne cachent pas leur soulagement face aux arrestations de jeudi matin. Ils demeurent tout de même prudents. «J'espère qu'ils vont arrêter de pratiquer, que ce sera surveillé de plus près. Ce sont des manipulateurs. Il faut faire quelque chose avec pour arrêter ça», a-t-elle ajouté.

Ce drame fait réfléchir sur ce genre d'expérience thérapeutique, mais difficile d'empêcher quiconque qui veut s'y intéresser, puisqu'il semble que ce soit plutôt populaire.

«Il va toujours avoir des gens qui embarquent dans ces affaires là. S'ils ne le font pas ici ils vont le faire ailleurs», a mentionné un citoyen.

 
 

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