24 HEURES - Le jeudi 23 février 2012

Évacuer la « Grosse Pomme », toute une aventure

27/08/2011 17h28 

Photo : Agence QMI
La panique s'est tranquillement installée quand j'ai reçu un appel de ma compagnie d'assurances jeudi me demandant de filmer l'intérieur de mon appartement.

Il y a ensuite eu les affiches placardées dans le lobby de mon immeuble demandant aux locataires de vider le sous-sol. Puis, les étagères de bouteilles d'eau et de barres énergétiques se sont vidées en un instant dans les épiceries de mon quartier.

J'habite dans la fameuse Zone A dans le Sud de Manhattan, un des quartiers à risque dont le maire Bloomberg a ordonné l'évacuation. Cet ordre est en soi une première dans l'histoire de la ville et c'est pourquoi les citoyens ont été si hésitants à le prendre au pied de la lettre. J'ai moi-même longtemps hésité avant de partir, partagée entre le désir d'être au coeur de l'action et la crainte d'être réellement dans le pétrin.

À force d'être mitraillée par les « unes » de journaux apocalyptiques, le déluge de tweets de fin du monde et entendre le maire Bloomberg marteler son message de « vie ou de mort », j'ai décidé d'évacuer.

Il y a quelque chose de surréel dans le fait de se préparer un « kit de survie » dans une ville comme Manhattan. Chez mon quincaillier dans TriBeCa, les piles et lampes de poche étaient des denrées rares. « Est-ce que c'est la file pour l'armageddon » a demandé un homme en file à la caisse. La dernière fois où les New-Yorkais se sont rués comme ça sur les biens de première nécessité remonte au 11 septembre 2001 et au blackout de 2003.

Vers 11 h samedi, tout comme 370 000 personnes visées par l'ordre d'évacuation, je suis donc partie de chez moi, sac à dos rempli de provisions et ma minilampe de poche, me sentant un peu ridicule. Les façades de certains commerces étaient placardées. Pendant ce temps, dans Battery Park, des sportifs téméraires faisaient leur jogging sur le bord du fleuve Hudson. J'ai pris un des derniers métros avant la fermeture totale des 468 stations du réseau. J'ai échangé un regard complice avec les autres passagers entourés de leurs valises et animaux domestiques. La MTA a exceptionnellement permis aux usagers d'amener leurs animaux et le passage était gratuit.

J'ai ressurgi dans Midtown, où les touristes profitaient des derniers moments de calme avant la tempête pour faire leurs emplettes sous une humidité tropicale.

Au moment d'écrire ces lignes, samedi, Irene n'avait pas encore frappé New York. Ironiquement, alors que les pharmacies, épiceries et Starbucks ont fermé leurs portes en début d'après-midi, les magasins de vêtements comme Forever 21, eux, restaient ouverts aux clients.

À Times Square, certains commerces avaient placé des sacs de sable devant leur porte, le Planet Hollywood était complètement recouvert de panneaux de bois et tous les théâtres de Broadway étaient fermés. Un calme étrange flottait au-dessus du quartier normalement le plus agité de la ville. Le Naked Cowboy était fidèle au rendez-vous malgré la tempête du siècle qui menaçait. Il paradait avec une veste de sauvetage.

Après avoir vécu un tremblement de terre et un ouragan dans la même semaine, je me demande bien ce que Mère Nature réserve pour la suite.

 
 

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